LE CHANVRE
Le chanvre à la feuille palmée,
Le chanvre est en fleur. Dans les airs,
Le pollen, comme une fumée,
Ondule au dessus des brins verts,
Et, comme un vin fort, son haleine
Grise les têtes dans la plaine.
Le chanvre est mûr. Matin et soir,
On a fait tremper sa dépouille
Dans l'eau dormante du routoir.
Le voilà prêt pour la quenouille.
Plus rapides que les oiseaux,
Tournez rouets ! Virez, fuseaux !
Comme une souple et tendre chaîne,
Ô fils menus du chanvre fin,
Du berceau frêle où l'enfant joue
A la tombe où tout se dénoue.
Vous êtes la nappe dressée
Au coin du feu, les soirs d'hiver;
La voile par le vent poussée
Sur l'infini bleu de la mer;
Et la tente aux mobiles toiles
Qu'on plante au lever des étoiles.
Ô fils menus du chanvre fin,
Quand viendra la mort, ce mystère,
Vous serez le linceul enfin,
Où nos corps iront sous la terre
Engraisser les rouges pavots
Et les brins des chanvres nouveaux.
ANDRÉ THEURIET

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