LE CHANVRE

Le chanvre à la feuille palmée,

Le chanvre est en fleur. Dans les airs,

Le pollen, comme une fumée,

Ondule au dessus des brins verts,

Et, comme un vin fort, son haleine

Grise les têtes dans la plaine.

Le chanvre est mûr. Matin et soir,

On a fait tremper sa dépouille

Dans l'eau dormante du routoir.

Le voilà prêt pour la quenouille.

Plus rapides que les oiseaux,

Tournez rouets ! Virez, fuseaux !

 

Comme une souple et tendre chaîne,

Ô fils menus du chanvre fin,

Du berceau frêle où l'enfant joue

A la tombe où tout se dénoue.

 

Vous êtes la nappe dressée

Au coin du feu, les soirs d'hiver;

La voile par le vent poussée

Sur l'infini bleu de la mer;

Et la tente aux mobiles toiles

Qu'on plante au lever des étoiles.

 

Ô fils menus du chanvre fin,

Quand viendra la mort, ce mystère,

Vous serez le linceul enfin,

Où nos corps iront sous la terre

Engraisser les rouges pavots

Et les brins des chanvres nouveaux.

 

ANDRÉ THEURIET



Article ajouté le 2007-06-01 , consulté 29 fois

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