LE CHANT DU GRILLON
Souffle, bise ! tombe à flots, pluie !
Dans mon palais tout noir de suie,
Je ris de la pluie et du vent ;
En attendant que l'hiver fuie,
Je reste au coin du feu rêvant.
C'est moi qui suis l'esprit de l'âtre !
Le gaz, de sa flamme bleuâtre,
Lèche plus doucement le bois ;
La fumée, en filet d'albâtre,
Monte et se contourne à ma voix.
La bouilloire rit et babille ;
La flamme aux pieds d'argent sautille
En accompagnant ma chanson ;
La bûche de duvet s'habille ;
La sève bout dans le tison.
Du font de ma cellule noire,
Quand Berthe vous conte une histoire,
Le Chaperon ou l'oiseau bleu,
C'est moi qui soutiens sa mémoire,
C'est moi qui fais taire le feu.
J'étouffe le bruit monotone
Du rouet qui grince et bourdonne ;
J'impose silence au matou ;
Les heures s'en vont et personne
N'entend le timbre du coucou.
Souffle, bise ! tombe à flots, pluie !
THÉOPHILE GAUTIER
Dans mon palais tout noir de suie,
Je ris de la pluie et du vent ;
En attendant que l'hiver fuie,
Je reste au coin du feu rêvant.
C'est moi qui suis l'esprit de l'âtre !
Le gaz, de sa flamme bleuâtre,
Lèche plus doucement le bois ;
La fumée, en filet d'albâtre,
Monte et se contourne à ma voix.
La bouilloire rit et babille ;
La flamme aux pieds d'argent sautille
En accompagnant ma chanson ;
La bûche de duvet s'habille ;
La sève bout dans le tison.
Du font de ma cellule noire,
Quand Berthe vous conte une histoire,
Le Chaperon ou l'oiseau bleu,
C'est moi qui soutiens sa mémoire,
C'est moi qui fais taire le feu.
J'étouffe le bruit monotone
Du rouet qui grince et bourdonne ;
J'impose silence au matou ;
Les heures s'en vont et personne
N'entend le timbre du coucou.
Souffle, bise ! tombe à flots, pluie !

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