LES LABOUREURS
Au joug de bois poli le timon s'équilibre,
Sous l'essieu gémissant le soc se dresse et vibre,
L'homme saisit le manche, et sous le coin tranchant
Pour ouvrir le sillon le guide au bout du champs.
La terre, qui se fend sous le soc qu'elle aiguise,
En tronçons palpitants s'amoncelle et se brise ;
Et tout en s'entr'ouvrant, fume comme une chair
Qui se fend et palpite et fume sous le fer.
En deux monceaux poudreux les ailes se renversent.
Ses racines à nu, ses herbes, se dispersent ;
Ses reptiles, ses vers, par le soc déterrés,
Se tordent sur son sein en tronçons torturés ;
L'homme les foule aux pieds, et secouant le manche,
Enfonce plus avant le glaive qui les tranche ;
Le timon plonge et tremble, et déchire ses doigts ;
La femme parle aux boeufs du geste et de la voix.
les animaux, courbés sous leur jarret qui plie,
Pèsent de tout leur front sur le joug qui les lie ;
Comme un coeur généreux leurs flancs battent d'ardeur ;
Ils font bondir le sol jusqu'en profondeur.
L'homme presse le pas, la femme suit à peine.
Tous au bout du sillon arrivent hors d'haleine.
Ils s'arrêtent ; le boeuf rumine, et les enfants
Chassent avec la main les mouches de ses flancs.
ALPHONSE DE LAMARTINE
Sous l'essieu gémissant le soc se dresse et vibre,
L'homme saisit le manche, et sous le coin tranchant
Pour ouvrir le sillon le guide au bout du champs.
La terre, qui se fend sous le soc qu'elle aiguise,
En tronçons palpitants s'amoncelle et se brise ;
Et tout en s'entr'ouvrant, fume comme une chair
Qui se fend et palpite et fume sous le fer.
En deux monceaux poudreux les ailes se renversent.
Ses racines à nu, ses herbes, se dispersent ;
Ses reptiles, ses vers, par le soc déterrés,
Se tordent sur son sein en tronçons torturés ;
L'homme les foule aux pieds, et secouant le manche,
Enfonce plus avant le glaive qui les tranche ;
Le timon plonge et tremble, et déchire ses doigts ;
La femme parle aux boeufs du geste et de la voix.
les animaux, courbés sous leur jarret qui plie,
Pèsent de tout leur front sur le joug qui les lie ;
Comme un coeur généreux leurs flancs battent d'ardeur ;
Ils font bondir le sol jusqu'en profondeur.
L'homme presse le pas, la femme suit à peine.
Tous au bout du sillon arrivent hors d'haleine.
Ils s'arrêtent ; le boeuf rumine, et les enfants
Chassent avec la main les mouches de ses flancs.

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