PAYSAGE D' OCTOBRE

Les nuages sont revenus
Et la treille, qu'on a saignée,
Tord ses longs bras maigres et nus
Sur la muraille renfrognée.
La brume a terni les blancheurs
Et cassé les fils de la Vierge,
Et le vol des martin-pêcheurs
Ne frissonne plus sur la berge.

Les arbres se sont rabougris,
La chaumière ferme sa porte ;
Et le petit papillon gris
A fait place à la feuille morte.
Plus de nénuphars sur l'étang ;
L'herbe languit, l'insecte râle,
Et l'hirondelle en sanglotant
Disparaît à l'horizon pâle.

Près de la rivière aux gardons
Qui clapotent sous les vieux aulnes,
Le baudet cherche les chardons
Que rognaient si bien ses dents jaunes.
Mais, comme le bluet des blé,
Comme la mousse et la fougère,
Les grands chardons s'en sont allés
Avec la brise et la bergère.


Dans les taillis voisins des rocs
La bécasse fait sa rentrée ;
Les corneilles autour des socs
Piétinent la terre éventrée ;
Et, décharné comme un fagot,
Le peuplier morne et funèbre
Arbore son nid de margot
Sur le ciel blanc qui s'enténèbre.

Tout pelotonné sur le toit
Que l'atmosphère mouille et plombe,
Le pigeon transi par le froid
Grelotte auprès de la colombe,
Et, tous deux, sans se becqueter,
Trop chagrins pour faire la roue,
Ils regardent pirouetter
La girouette qui s'enroue.

Au - dessus des vallons déserts
Où les mares se sont accrues,
A tire - d'aile, dans les airs,
Passe le triangle des grues.
Et la vieille, au bord du lavoir,
Avec des yeux qui se désolent,
Les regarde fuir et croit voir
Les derniers beaux jours qui s'envolent.

MAURICE ROLLINAT



Article ajouté le 2007-06-04 , consulté 29 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Automne "

Retour aux articles